Jean d’Ormesson. Au revoir et merci.

Le doyen des immortels nous a quittés le 5 décembre dernier, à l’âge de 92 ans, dans sa résidence de Neuilly où il vivait depuis 40 ans. L’écrivain a reçu un hommage national à l’Hôtel des Invalides, présidé par Emmanuel Macron.

Il est des êtres que l’on ne peut oublier. Jean d’Ormesson en fait partie. Brillant écrivain, il laisse une œuvre immense – comprenant 43 romans – et le souvenir d’un homme infiniment optimiste. D’une élégance rare, l’érudit aux yeux azur n’aura cessé d’écrire tout au long de sa vie et jusqu’aux derniers jours. Fils de diplomate, Jean d’Ormesson mène une enfance heureuse entre les voyages et la propriété familiale de Saint-Fargeau. Après son baccalauréat, il intègre l’Ecole Normale Supérieure et obtient l’agrégation de philosophie. Sa carrière débute dans le journalisme et c’est à l’âge de 31 ans, en 1956, que son premier roman est publié, L’amour est un plaisir. Mais le succès ne viendra qu’en 1971 pour son roman La Gloire de l’Empire, qui remporte le Grand prix du roman de l’Académie Française.

Consécration

L’auteur devient alors célèbre et poursuit son ascension : Au plaisir de Dieu, Mon dernier rêve sera pour vous, Voyez comme on danse, C’est une chose étrange à la fin que le monde, Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit et plus récemment le Guide des égarés. En 1973, Jean d’Ormesson s’installe au fauteuil n°12 de l’Académie Française où il est élu. Benjamin de l’Académie, il bouleverse les codes en 1979, en imposant la première femme, Marguerite Yourcenar qui est élue en 1980. Directeur du Figaro de 1974 à 1977, Jean d’Ormesson ne cessera de marquer le journal de sa plume pour de nombreuses collaborations. En 2015, l’académicien entre dans la prestigieuse collection de La Pléiade des éditions Gallimard. « C’était pour moi comme recevoir le Nobel. Une sorte de garantie que mes livres seront à la disposition du public après ma mort », nous avait-il confié en janvier dernier. Jean d’Ormesson traversait le temps et les générations : « J’ai longtemps eu un public âgé. Les ravissantes jeunes filles me disaient « ma mère vous admire tellement » puis c’est devenu « ma grand-mère… » et aujourd’hui des dames très respectables me disent « mon petit-fils vous aime beaucoup », s’amusait-il à raconter.

Héritage

Un lien indéfectible s’était donc tissé au fil du temps entre l’écrivain philosophe médiatique et le public. Une sympathie teintée d’admiration, qui le hissait au rang des grands hommes. Lui, l’écrivain engagé qui n’a eu de cesse de réfléchir sur le monde, la foi, l’amour, la mort, les femmes, la science et finalement la vie, nous offre son œuvre en héritage. « Il n’y a pas d’autre juge pour un écrivain que le public et particulièrement les jeunes car c’est eux qui liront les livres quand l’auteur ne sera plus là », affirmait-il. A l’instar de votre discours d’intronisation de Simone Veil à l’Académie Française, il ne nous reste plus qu’à vous dire : « Nous vous aimons, Monsieur ».

Graver dans le marbre

Le maire de Neuilly Jean-Christophe Fromantin a annoncé dans un communiqué de presse qu’il souhaitait rendre hommage à l’auteur défunt. « Je proposerai dès le prochain Conseil municipal, que la future grande médiathèque de Neuilly prenne le nom de Jean d’Ormesson. »