Ma ville. Au fil de l’eau.

D’où provient l’eau qui coule de nos robinets ? Comment est-elle traitée ? Qui est responsable de l’entretien des canalisations ou encore des traitements effectués ? Où s’écoulent nos eaux usées ? Autant de questions qui nous ont permis de comprendre le fonctionnement de cet élément, essentiel à toute vie et dont la préservation ne cesse de devenir une urgence pour la planète.

Pour commencer notre enquête, nous avons d’abord voulu comprendre qui était responsable à Neuilly, de l’eau et de l’assainissement. Et l’organisation n’est pas si évidente. Avant janvier 2016, la municipalité était responsable en matière d’eau et d’assainissement. Elle déléguait la responsabilité de l’eau potable au Syndicat des Eaux d’Ile-de-France (SEDIF), et celui de la collecte des eaux usées à la Société des Eaux de Versailles et de Saint-Cloud (SEVESC), filiale de SUEZ. Jusque-là, rien de compliqué. Mais la subtilité réside dans la responsabilité du transport des eaux usées qui est transférée au département jusqu’aux ouvrages du Syndicat Interdépartemental pour l’Assainissement de l’Agglomération Parisienne (SIAAP), qui assure l’épuration des eaux. Et pour parfaire le schéma, c’est aujourd’hui l’établissement public territorial Paris Ouest La Défense (POLD) dans le cadre de la Métropole du Grand Paris, qui est compétent et qui a décidé en septembre 2017, par le vote du Conseil des Territoires, de conserver les acteurs engagés.

L’origine de l’eau.

En France, 60% de l’eau potable est produite à partir des eaux souterraines qui s’accumulent dans des réservoirs naturels et 40%, vient des eaux de surface comme les rivières ou les lacs. Et Neuilly en est un parfait exemple. Peu de Neuilléens le savent mais la commune dispose sur son territoire, d’une usine à puits, propriété du SEDIF, qui a été construite au début des années 80. Située derrière le commissariat, en bord de Seine – fruit du hasard puisque l’usine ne pompe pas dans la Seine – elle alimente plus de la moitié de la commune en eau potable. « L’eau est prélevée à partir de 2 forages dans les nappes profondes de l’Albien, à 800m de profondeur, et est utilisée à proximité immédiate de l’usine », précise Christophe Perrod, Directeur général des services techniques du SEDIF. Ce dernier, qui possède 3 usines à puits sur son territoire (Neuilly-sur-Seine, Aulnay-sous-Bois et Pantin), explique la vocation de ses usines : « Elles ont été réalisées pour le plan d’ultime secours. Elles fonctionnent au quotidien au minimum technologique pour pouvoir rapidement produire au débit maximum en cas de crise grave », poursuit le directeur. Ainsi, en cas de pollution de la Seine, la Marne ou l’Oise – ou pire 2 en même temps – ces usines à puits permettraient d’alimenter à minima la population. Mais alors, d’où provient le reste de l’eau consommée à Neuilly ? D’une des 3 grandes usines de traitement du SEDIF, en l’occurrence celle de Choisy-le-Roi (Neuilly-sur-Marne et Méry-sur-Oise alimentant le reste du réseau). L’eau que nous buvons à Neuilly provient donc d’un mélange entre l’eau de l’usine à puits de Neuilly et celle prélevée dans la Seine, puis traitée dans une des plus grandes et des plus modernes usine de traitement avec par exemple une triple barrière de désinfection (chlore, ozone et UV) pour la rendre parfaitement potable.

Usine à puits de Neuilly.

Quid de la qualité ?

Selon le SEDIF, l’eau de l’Albien est de très bonne qualité. Elle se caractérise par une température constante, une bonne qualité bactériologique, une faible minéralisation mais la présence d’un peu d’ammonium, de fer et de manganèse nécessite de les éliminer par oxydation à l’air et filtration biologique.

 Rendre l’eau potable.

Après avoir été pompée dans la Seine, l’eau de rivière est purifiée et désinfectée à travers plus de 10 étapes de traitements avant de pouvoir être consommée. Compte tenu des enjeux de santé publique, de nombreux prélèvements sont effectués pour en vérifier la qualité à la fois directement par l’Agence Régionale de Santé et en autocontrôle par le SEDIF. « Pour assurer la sécurité sanitaire, l’eau doit respecter 2 conditions : ne pas contenir de micro-organismes (bactéries, virus ou parasites) susceptibles de provoquer des maladies et ne pas présenter de concentrations en substances indésirables (nitrates, pesticides, métaux lourds…) supérieures aux limites de qualité́ définies par le Code de la santé publique », précise le SEDIF.

Une fois pompée à l’usine de Choisy-le-Roi, l’eau est stockée dans un réservoir basé à Chatillon puis acheminée dans des tuyaux de diamètre de plus en plus petit jusqu’aux pieds des immeubles. Parmi les 8 700 km de canalisations appartenant au SEDIF, 7 800 sont dédiés à la distribution dont 68,9km de canalisations en acier, béton et fonte sur le territoire de Neuilly. Un réseau dont l’âge moyen est de 47 ans et qui est remplacé en moyenne tous les 75 ans. « À Neuilly, le taux de 0,12 casse observée/km/an est inférieur à la moyenne du SEDIF de 0,18 en 2017 », indique le SEDIF. Un état des canalisations satisfaisant donc et qui fait l’objet d’un effort de renouvellement régulier le plus important de France.

 Le saviez-vous.

Quel est le prix de l’eau ?

La facture de l’eau et de l’assainissement se décompose en :

  • l’eau potable (30%)
  • l’assainissement (45%)
  • taxes et redevances (25%)

Le prix de l’eau potable stricto-sensu est déterminé par le comité du SEDIF au sein duquel siège 1 délégué de chaque commune.

Aujourd’hui, le prix de l’eau potable s’élève à 1,37€ HTpar m3.

Chiffres

4 559 849 m3 consommés à Neuilly par an dont

2,25 millions de m3 produits localement par les 2 puits de Neuilly

122 prélèvements bactériologiques et 122 prélèvements physico-chimiques ont été réalisés à Neuilly en 2017, tous conformes.

L’enjeu des eaux usées.

Utilisée machinalement au quotidien, l’eau se déverse ensuite dans des canalisations pour être acheminée par des tuyaux vers une station d’épuration en charge du traitement puis ensuite rejetée en milieu naturel. À Neuilly, les eaux usées sont collectées par la SEVESC au pied de chaque immeuble vers la station d’épuration d’Achères qui traite l’eau pour la reverser dans la Seine. Mais sommes-nous conscients que nos gestes si simples et pour le moins banals, ont de telles répercussions sur notre environnement ? « Les particuliers connaissent les dangers de l’utilisation des engrais pour le jardin, des médicaments jetés dans les toilettes ou encore du white-spirit, mais moins les problèmes des lingettes non biodégradables qui bouchent les canalisations », confie Vincent Le Balier, chef d’agence de la SEVESC 92. « Ils ne perçoivent pas les dégâts provoqués par les bouteilles en plastique ou les canettes en aluminium jetées sur la voie publique et qui polluent les eaux pluviales », observe-t-il. Pour cela, les équipes de la SEVESC sensibilisent leurs abonnés, qu’il s’agisse de particuliers ou de professionnels comme les entreprises ou les commerçants. Un travail d’éveil des consciences qui porte ses fruits. « Pour les commerces de bouche et notamment la restauration, les professionnels perçoivent tout à fait les enjeux des bacs à graisse par exemple pour éviter le rejet dans les réseaux », poursuit Vincent Le Balier. Outre l’intervention chez les abonnés pour leur donner des conseils, la SEVESC entretient le réseau dans son intégralité – soit 28km concernant Neuilly – à raison d’un contrôle annuel pour tous les collecteurs.

Préserver l’eau dans l’espace public.

La préservation de la ressource en eau engage bien évidemment les collectivités, au premier rang desquelles figure la commune. Et la ville de Neuilly est aujourd’hui citée comme référence à plusieurs égards. Alors que le domaine environnemental connaît une croissance constante dans les politiques publiques depuis finalement peu de temps, la ville de Neuilly s’engage depuis près de 10 ans. « Le maire a signé la Charte de l’eau Plaines Coteaux Seine centrale urbaine en 2015, le contrat de bassin en 2016 et la Charte Trame verte & bleue en 2018 », indique Gauthier Grégoire, directeur du pôle Environnement et Mobilité à la mairie de Neuilly.  Trois outils fondamentaux, portés par l’association ESPACES, qui engagent les municipalités sur de nombreux enjeux (restaurer les milieux aquatiques et la continuité écologique, reconquérir la qualité des eaux et protéger la ressource en eau, améliorer la gestion des eaux pluviales et limiter les ruissellements, se réapproprier la Seine et ses affluents) et qui permettent de recevoir un appui financier de l’Agence de l’Eau Seine Normandie et la Région Ile-de-France. Une politique environnementale menée par le maire et portée avec détermination par Françoise Descheemaeker, conseillère municipale déléguée à l’Environnement et au Développement durable. « La municipalité ne cesse de mener des projets de végétalisation à Neuilly », poursuit Gauthier Grégoire. Les équipes ont déminéralisé les sols – donc ont facilité l’infiltration de l’eau de pluie dans les sols – en plantant des arbres, de l’herbe et des arbustes. « Cette méthode a un double effet : nourrir les végétaux et lutter contre les îlots de chaleur urbain », précise-t-il. Autre procédé, qui a pour objectif de limiter la consommation d’eau, consiste à, quant à lui, construire des forages dans la Ville et ainsi puiser l’eau dans la nappe phréatique pour arroser les espaces publics. Ce système mis en place il y a près de 6 ans fonctionne et permet d’alimenter les besoins, tout comme la création de pentes végétalisées destinées à recueillir l’eau dans des cuves.

Sensibiliser les jeunes

L’enseignement des enjeux et des bonnes pratiques à la génération future, garante de l’avenir de la planète est primordial. Pour cela, l’Education nationale a développé un programme à destination des élèves des écoles primaires dont le cycle de l’eau fait partie. À Neuilly,  l’école Madeleine Michelis va plus loin et propose des activités ludiques, comme l’explique Madame Serafin, directrice : « Pendant 3 semaines, les CP et CE1 se retrouvent en « classe eau » autour d’ateliers avec diverses matières qu’il s’agisse d’arts plastiques, de sciences, de poésie, de maths ou de géographie avec le même fil conducteur, l’eau ». Défi pour faire fondre un glaçon le plus rapidement possible, expérimentations, dessins, visites… Un projet pédagogique fièrement exposé dans la cour à destination des parents et qui séduit les jeunes, particulièrement réceptifs à ce type d’enseignement.

Témoignage.

Une famille éco-sensible.

Comme beaucoup d’autres, la famille de Samia se pose des questions sur l’impact de ses actions quotidiennes sur l’environnement. Mais depuis peu, cette famille neuilléenne, est ce que l’on appelle « en transition ». Végétarienne depuis 5 ans, Samia, fondatrice de la start-up Welock, mariée et maman de 2 enfants (Aksel, 3,5 ans et Émil, 1 an), tente le véganisme depuis 1 mois, période où elle a décidé d’installer un compost dans sa cuisine. Et parmi les éco-gestes quotidiens transmis à ses enfants, celui de couper l’eau pour se brosser les dents, donner des douches et non des bains, limiter les douches, ne pas faire tourner de machine à laver vide, et dernier en date, installer un filtre d’eau directement au robinet. « 3 fonctions sont possibles : l’eau dite normale, l’eau purifiée et l’eau économisée sous forme de douchette », confie Samia. « On y réfléchit depuis longtemps mais j’ai eu le déclic en regardant une émission sur le plastique à la télévision », précise cette jeune trentenaire. La préservation de l’eau, un sujet abordé en famille et dont les risques sont intégrés, à en juger par le très juste résumé du jeune Aksel « ne pas gaspiller pour continuer à boire de l’eau ».

Chiffres

100 litres d’eau perdus chaque jour pour un robinet qui goutte et 1 000 litres pour une chasse d’eau.

50 litres d’eau consommés pour 1 douche contre 150 litres pour un bain.

15 %de l’eau d’une douche économisée avec 1 mitigeur thermostatique.