L’homéopathie. L’éternel débat.

Alors que la question du déremboursement de l’homéopathie se trouve au cœur des débats du Projet de loi de Finances 2019 et alors que les Français plébiscitent son utilisation, la rédaction s’est penchée sur son fonctionnement pour mieux comprendre le débat qui agite le monde médical depuis la tribune des médecins dans Le Figaro datant de mars dernier.

La polémique date du 19 mars. Dans une tribune du Figaro, 124 professionnels de santé alertent sur l’efficacité non prouvée des médecines alternatives telles que l’homéopathie. Ils dénoncent une pratique dangereuse pour les patients et coûteuse pour les finances publiques. En cause, l’absence d’efficacité prouvée depuis son origine, il y a plus de 200 ans. En 1810, le médecin allemand Samuel Hahnemann développe le concept de l’homéopathie dans son ouvrage Organon de l’art de guérir. Elle repose sur trois principes : la similitude, l’individuation et la dilution infinitésimale. L’idée principale est fondée sur le fait que le corps serait capable de s’auto-guérir. Les substances utilisées en homéopathie visent à reproduire les symptômes provoqués par la maladie à soigner pour renforcer les capacités de guérison du patient. Sous forme de tubes granules et de doses de globules principalement, les médicaments homéopathiques sont donc préparés à partir de substances végétales, animales, minérales ou chimiques, fortement diluées. En France, ilssont inscrits à la pharmacopée et remboursables à hauteur de 30 % par la Sécurité Sociale depuis 1965. Ils peuvent donc être prescrits par des médecins ou vendus en libre service dans les pharmacies.

L’homéopathie.

Pour quels symptômes ?

Les médicaments homéopathiques sont utilisés notamment pour le stress, le sommeil, le rhume, les chocs et coups, l’indigestion, les maux de gorge ou encore les fatigues musculaires, et autres.

Rencontre.

Jonathan Namigohar.

Docteur en pharmacie.

Avez-vous remarqué une évolution de la demande de médicaments homéopathiques ?

Oui c’est évident. Depuis environ une dizaine d’années, on constate une forte demande de produits naturels et une volonté croissante des patients de recourir à une médecine dites douce, dont l’homéopathie fait partie. Cela se conjugue avec la méfiance envers les médicaments y compris les vaccins. Les patients se tournent donc vers ce qu’ils pensent être le moins dangereux.

Quel est selon vous, le danger lié à l’homéopathie ?

Il réside dans le fait de délaisser les traitements allopathiques sur lesquels nous avons des preuves scientifiques d’efficacité, au profit de l’homéopathie uniquement.

En fonction des besoins et maux du patient, l’homéopathie est bénéfique en traitement adjuvant mais il peut être dangereux de se détourner des traitements conventionnels.

À titre d’exemple, il est formellement interdit de parler de vaccin homéopathique.

Cette thérapeutique mériterait des études cliniques d’envergure pour évaluer son efficacité de manière scientifique, comme c’est le cas pour les autres médicaments.

Et quels en sont les bienfaits ?

Force est de constater que nous obtenons des résultats intéressants et que les patients qui y ont recours sont très satisfaits. L’homéopathie trouve toute sa place dans le cadre de traitements préventifs, en complément de l’allopathie, et notamment chez l’enfant et les femmes enceintes où l’arsenal thérapeutique est très limité.

Chiffres

77 % des Français ont déjà pris de l’homéopathie au cours de leur vie selon une étude Ipsos d’octobre 2018 et 76 % en ont une bonne image.

54,5 milliards d’euros en 2016 pour le marché français du médicament, parmi lesquels 620 millions d’euros concernent l’homéopathie.