Neuilly sur la toile.

Facebook naît en 2004 et invente une autre façon de voir le web. Le site héberge de nombreux groupes consacrés à des thématiques propres. Des groupes ouverts à tous, fermés, privés, secrets. Les villes voient se développer ces communautés numériques, cette vague collaborative. Les habitants de Neuilly s’y retrouvent aussi, depuis plusieurs années, pour partager leurs problématiques locales, leurs bons plans, leurs interrogations, leurs coups de gueule, pour palier à leur solitude aussi, parfois. La solidarité 2.0 ?

illustration dossier web 2

Des milliers de Neuilléens se retrouvent en ligne pour surfer de concert. Le groupe Neuilly Les Bons Tuyaux est devenu incontournable : il est rare de ne pas voir des dizaines de commentaires sous chaque post. Pour chercher un médecin de confiance, un bon restaurant, un animateur d’anniversaire, une nounou en or, ou pour parler de l’actualité, d’un cambriolage dans le quartier, d’une panne d’électricité, d’un danger potentiel. C’est à qui détient le plus d’informations sur le sujet. Certains prennent plaisir à poster pour créer la polémique, d’autres pour créer du lien. Quelles sont les limites de tels groupes ? Comment sont-ils gérés ? Quel est leur but premier ? Pourquoi les Neuilléens les ont-ils adoptés ? Le Journal de Neuilly a été à la rencontre de 4 fondateurs de communautés Facebook liées à la ville.

@Neuilly les bons tuyaux

8807 MEMBRES, CRÉÉ EN SEPTEMBRE 2016. Interview de Verlaine Fixary Alterman, fondatrice.

verlainae Neuilly les bons tuyaux

 

Cela fait 30 ans que Verlaine vit à Neuilly. Directrice de la publicité d’un magazine féminin, maman de 2 enfants de 19 et 23 ans, elle a aussi créé une page Instagram : Voyages d’une Parisienne où elle partage ses bonnes adresses à travers le monde. Une femme qui jongle avec les initiatives.

Pourquoi avoir créé ce groupe ?
Je pars travailler à 8h et je ne rentre chez moi qu’après 20h, je ne pouvais pas m’impliquer dans une vie associative ou autre. J’ai rejoint le groupe Chez Benji, créé par un autre Neuilléen, qui permet d’échanger ses bons plans mais à l’échelle de la France. Je me suis dit qu’il y manquait la notion de proximité, de
“village virtuel”. J’ai donc créé le groupe NLBT que j’ai partagé avec une dizaine de personnes et il a grandi petit à petit. L’année dernière j’ai eu un accident, une femme m’a prêté des béquilles, beaucoup m’ont proposé de m’apporter des petits plats, j’ai même trouvé un chirurgien formidable grâce aux internautes. C’est pour cette entraide que j’ai voulu créer le groupe, pour faciliter la vie des habitants.

Comment parvenez-vous à le modérer ?Je fais attention aux bases. Quand vous demandez une information à un voisin dans le hall de votre immeuble, vous lui dites bonjour et merci. J’attends la même chose des membres du groupe. Je bannis toutes les questions liées à la politique nationale ou à l’échelle de la ville. Je tiens à la neutralité de ce média. Les échanges sociétaux ou politiques sont toxiques à force. Et bien sûr, j’interdis tout propos raciste ou antisémite. Dès que j’ai quelques minutes dans la journée, je vérifie que rien ne se passe de grave puis plus attentivement le soir. Les membres m’alertent quand ils jugent un comportement inapproprié en appuyant sur les 3 petits point en haut d’un post. Je fais surtout la chasse aux auto-promotions et publicités camouflées.

Quels sujets reviennent beaucoup sur le groupe ? 

Les recherches de médecin. Visiblement on manque de dermatologues et de gynécologues. Les nounous pour les sorties d’école. Les chiens et les chats perdus.

Avez vous d’autres projets à Neuilly ? 

J’ai sollicité plusieurs fois la Mairie pour louer une salle afin d’organiser des vide-dressings. Le secteur de la mode est un des plus gros pollueurs de la planète. Nous avions organisé un vide-dressing en 2018 qui fut un succès ! On était ravis de se rencontrer et d’apporter une petite pierre au recyclage. Si nous pouvions avoir une salle 1 fois par trimestre, ce serait formidable. Nous avons tous besoin de remettre l’échange au cœur de notre société.

@MDB à Neuilly.

80 FOLLOWERS, CRÉÉ EN 2019. Rencontre avec Jean-Baptiste Bombek, co-fondateur.

Jean Baptiste Bombeck MDB

Nous sommes une antenne de MDB (“Mieux se déplacer à bicyclette”), qui est la première association cycliste francilienne avec 1400 adhérents. Cette asso s’est donné comme objectif de défendre la place du vélo et de développer des aménagements cyclables de qualité. Ce n’est pas du tout une association de cyclotourisme mais plutôt une structure militante. L’antenne de Neuilly existe depuis un peu moins d’un an et compte une vingtaine de membres. A l’instar des autres antennes, nous agissons au niveau local en organisant des actions de sensibilisation pro-sécurité ou des bourses à vélos. Nous n’avons pas de site Internet car pour nous, tout ce qui est communication passe par Facebook et Twitter. Notre page Facebook est suivie par 80 personnes : c’est un super relais qui compte de plus en plus d’abonnés. Sur cette page, nous publions tout ce qui est actu vélo, informons sur des événements spécifiques, rappelons les règles de sécurité, évoquons les problèmes d’aménagements urbains. Et surtout, on essaie de donner envie de faire du vélo !

@Maman de Neuilly. 

1707 MEMBRES, CRÉE EN JUIN 2016. Interview de Charlotte Batereau, fondatrice 

logo mamans de neuilly
charlotte batereau mamans de neuilly

Charlotte et son mari vivent à Neuilly depuis 6 ans avec leurs filles Maïa et Olivia. Responsable média chez Epoka, la jeune maman a le bénévolat dans le sang. Pour les AFC, elle aide les nounous à rencontrer des familles puis crée “Les Gigoteuses”, blog regroupant de bons plans maternels. Ensuite “Madame Network”,
groupe Facebook pour les femmes entrepreneures et enfin “Mamans de Neuilly” outil d’entraide pour les mères dynamiques et investies, tout comme elle.

Comment avez-vous eu l’idée de créer ce groupe ? 
J’ai été très inspirée de “Mums in de 16” ou “Mums in Boulogne”. A Neuilly ça n’existait pas, pourtant nous sommes de nombreuses mamans avec beaucoup de questions liées à la maternité.

Quels sont les critères d’entrée ?

Être maman (ou enceinte) et vivre à Neuilly. Amélie Comandini, l’administratrice du groupe, surveille surtout l’auto-promotion. On s’est posé la question d’ouvrir aux papas mais c’est un groupe dédié à la maternité, même si les pères sont de plus en plus investis dans la vie familiale. Il faudrait qu’un père crée “Papas de Neuilly” !

Pourquoi les gens ont-ils besoin de ce groupe ? 
On a l’impression d’être mieux renseigné par quelqu’un dans le même cas que soi. C’est un peu comme quand on parle de Tripadvisorisation. Les gens se renseignent avant de faire un achat, de consulter. Ils ont besoin d’être rassurés, de ne pas perdre de temps.

Quels ont été les obstacles à la création ce groupe ? 
Au début, il fallait trouver des contenus adaptés, une ligne éditoriale. Je postais tous les jours et puis la solidarité a pris le relais.

Faites-vous partie d’autres groupes liés à Neuilly ? 
Oui, pour être au courant de l’actualité de ma ville. Etre abonné à un groupe c’est s’abonner à un flux d’information, être au coeur des interrogations des Neuilléens. D’ailleurs j’ai dit à ma mère de s’inscrire à NLBT, elle est accro.

@We love Bagatelle 

883 MEMBRES. CRÉÉ EN NOVEMBRE 2018. Rencontre avec Sophie Rémy, co-fondatrice.

Sophie Remy

Comptant quasiment un millier de membres depuis sa création il y a un peu plus d’un an, “We love Bagatelle” est unique à Neuilly. C’est le seul collectif d’habitants qui recrée virtuellement un quartier de la ville et qui tente de le dynamiser. Mais qui se cache derrière cette communauté à l’esprit bon enfant ?

Ce groupe est né de la rencontre de Sophie Rémy et Audrey Mauboussin, deux jeunes femmes de 37 ans qui partagent le même plaisir à vivre dans le quartier le plus green de Neuilly. Quatre garçons à elles deux, Audrey Mauboussin est réalisatrice et Sophie Rémy, mère au foyer – elle a volontairement mis en pause sa carrière d’avocate depuis l’arrivée de ses enfants : « J’ai rencontré Audrey quand elle a lancé une pétition pour l’ouverture d’un espace de restauration dans le quartier. A l’époque, plus de 400 personnes se sont ralliées au mouvement. Nous n’avons pas encore réussi à trouver une solution mais nous ne désespérons pas et y consacrons beaucoup d’énergie. A ce moment-là, monsieur le maire nous a encouragées à créer une association mêlant riverains et commerçants, nous avons choisi de l’écouter et avons créé un collectif visant à créer du lien entre les habitants et les commerçants du quartier. We Love Bagatelle est né ! A Bagatelle, on est à 15 minutes du premier lieu de vie et c’est vraiment dommage car on adore notre quartier. Il y a beaucoup de choses à faire ici pour dynamiser les lieux tout en respectant le calme et le charme de Bagatelle », raconte Sophie Rémy. Les deux administratrices du groupe Facebook se sont données comme mission de créer une communauté de voisins, en dégotant ou en relayant les bons plans et l’actualité du quartier. Les deux jeunes femmes essaient également d’être un relais pour les habitants, un lien entre voisins. Sur la page Facebook, les publications les plus fréquentes des visiteurs sont des demandes de recommandations pour du personnel de maison ou des artisans. Mais aussi des publications de mamans cherchant une nounou ou des activités à faire avec leurs enfants. Echange de bons procédés, achats entre particuliers, dépannage de dernière minute, tout devient plus facile à quelques rues
les uns des autres. Le tout dans un esprit sympa et bienveillant : « Pour l’instant, nous n’avons jamais eu besoin de modérer des commentaires. Les utilisateurs sont polis et respectueux, ils savent qu’ils parlent à leurs voisins potentiels, cela implique gentillesse et solidarité. Nous veillons à ce que les informations échangées concernent Bagatelle principalement car c’est le but initial de ce groupe » explique Sophie Rémy. Un compte instagram @welovebagatelle s’applique à mettre en avant les atouts de Bagatelle et de Neuilly.

Avis de Neuilléens

Quatre abonnés à ces groupes nous expliquent pourquoi ils font partie de ces communautés. 

herve pouchol

Hervé Pouchol

Journaliste Conciliateur sur RTL dans “Ça Peut Vous Arriver” avec Julien Courbet et auteur de Les 1001 Secrets du Baiser (Amazon)
Sur We Love Bagatelle, ce que j’apprécie le plus ce sont les recommandations. On voit tout de suite que ce n’est pas de la pub. Grâce au groupe, j’ai pu découvrir de nouvelles adresses. Il y a vraiment un échange de bons procédés : moi-même j’y ai posté des annonces pour trouver une aide pour ma mère. Ce que je n’aime pas en général, ce sont les posts polémiques, mais ils sont plutôt rares sur WLB. L’esprit est bon enfant !

delphine julie

Delphine Julie

Delphine Julie Conseillère en Relations Publiques
Je suis très investie dans le monde du vélo : j’ai notamment créé un comité cycliste à Paris. J’ai adhéré à MDB en septembre dernier et me suis abonnée à la page Facebook MDB Neuilly dans la foulée. Je vais sur la page 2 fois par semaine : cela me permet d’être tenue au courant des futurs aménagements cyclables et de toute l’actualité vélo. au courant des futurs aménagements cyclables et de toute l’actualité vélo.

Noemie Goetsch

Noémie Goetsch    

Comédienne
Je suis sur NBLT, Mamans de Neuilly, WLB et me connecte tous les jours. Les + : les bonnes adresses testées et approuvées, les activités à faire avec mon fils, l’entraide entre mamans. Quand je cherche quelque chose, c’est là que je cherche une réponse. J’ai souvent eu de bonnes surprises.
Les – : Les messages qui n’ont pour vocation que de se plaindre ou de râler.

steephanie flaisler

Stéphanie Flaisler

Coach et formatrice
Je me connecte trop !
(Plusieurs fois par jour)
et notamment à NLBT et Mamans de Neuilly.
Les + : J’apprécie les bons plans locaux, cela me permet de faire beaucoup plus
de choses à Neuilly, et de soutenir l’économie locale. J’apprécie l’esprit d’entraide (dons d’objets), de solidarité (co-voiturage)… et j’aime y contribuer aussi en mettant les personnes en relation et en recommandant les bons professionnels. Merci à Verlaine et Adeline pour le temps qu’elles consacrent à leurs communautés.
Les – : les mêmes demandes reviennent souvent, mieux vaut consulter l’historique, il y a déjà une mine d’informations.

Et la Mairie ?

La mairie surfe aussi sur la vague.
Vous pouvez retrouver le groupe Facebook de la ville, comme 8580 followers en quête d’actualité :
https://www.facebook.com/VilledeNeuillysurSeine?ref=hl. Mais aussi sur le compte Twitter de la mairie
(4000 abonnés) ou Instagram @villedeneuilly

Les femmes ont déserté les filières et les métiers du numérique.

femmes numerique illustration web

Les femmes sont quasi absentes d’un secteur en pleine explosion qui transforme en profondeur la sociОtО. Elles reprОsentent 33% des salariОs du secteur de l’IngОnierie et 30% des salariОs du numОrique en France. Le numОrique ne cesse de recruter et de nouvelles perspectives professionnelles s’ouvrent. Pourtant, les jeunes filles ne s’orientent pas dans ces filières.

Que s’est-il passé ?

Ce sujet fait l’objet d’analyses . Cette tendance aurait été impacté par une approche des recrutements orientée vers des profils masculins. Aux yeux des nouvelles générations, le numérique est « technique », naturellement dédiés aux hommes et éloigné des préoccupations dites « féminines » comme le secteur social.

Des enjeux économiques méconnus

L’absence des femmes est regrettable d’un point de vue économique, en raison du potentiel de ressources qu’elles représentent. Selon France Stratégie et la Dares, entre 170 000 et 212 000 postes seront à pourvoir en France jusqu’en 2022. Une mobilisation d’ampleur est nécessaire. Le rôle des parents et des enseignants est essentiel pour donner confiance aux jeunes filles dans leur capacité à devenir de véritables actrices du monde qui se prépare.

Laure Castellazzi

Secrétaire Générale – Fondation Femmes@Numérique