Du côté de chez…

Voici deux familles neuilléennes qui ont vécu un confinement différent. La première est partie en direction de la campagne, la seconde est restée à Neuilly pendant 56 jours. Comment ont-elles vécu cette période ?

Paola

“Je travaille pour une agence immobilière et ai été mise au chômage partiel au moment du confinement. Je n’avais donc pas de nécessité de rester à Neuilly et suis partie avec deux de mes fils (26 et 24 ans) et la petite amie de l’un d’entre eux à la campagne. Nous étions dans le Berry près de Sancerre, à plusieurs kilomètres du premier village. Là-bas, nous n’avons pas du tout souffert du “confinement”, au contraire. La nature ne change pas, nous avons seulement pu constater qu’il y avait davantage d’animaux et d’oiseaux, le temps était sublime et nous avons savouré un silence extraordinaire puisque pratiquement aucune voiture ne passait le long de la route. Cette période a été un déclic pour moi. J’ai réalisé que mes certitudes d’avoir besoin de la ville, de son rythme, étaient fausses. Je ne me suis pas ennuyée un instant. Nous avions toujours plein de choses à faire… tronçonner des arbres, jardiner, cuisiner… On a créé des liens très forts, on a vécu ensemble, soudés : un vrai noyau. Mes enfants devaient passer des examens, l’un pour l’université de Nanterre, l’autre pour l’école hôtelière. Grâce à internet, j’ai pu m’organiser une vie passionnante en pleine campagne, en prenant des cours virtuels de sport, d’italien et même suivre mon coaching à distance. Le 11 mai, quand nous avons dû rentrer, j’ai pleuré. Même si j’étais heureuse de revoir ma fille (confinée chez son père) qui m’avait énormément manqué, quitter cette nature et mes fils, c’était un déchirement. Le 11 mai, donc, j’ai retrouvé Neuilly. Mon appartement rue Charles Laffitte m’a semblé rétréci…! A moi, le bruit et les gens masqués. Dans notre quartier des sablons, nous avons retrouvé nos voisins et nos commerçants. Dans mon épicerie préférée, celle du coin de ma rue, ouverte 7 jours sur 7, j’ai trouvé les propriétaires fatigués, sous pression. Neuilly est un lieu qui m’est cher (j’y habite depuis 2002), et j’étais heureuse de voir que les travaux de la contre-allée de l’avenue Charles de Gaulle avaient pu avancer. La végétation m’est devenue nécessaire. J’espère qu’il y en aura encore plus !

Au quotidien, j’applique la distanciation sociale, et les protocoles imposés au travail, sans tomber dans la psychose. J’ai hâte d’un retour à la normale même si cet épisode a profondément modifié mon rapport au temps et à l’espace. J’ai apprécié de ralentir, d’évoluer avec moins de pression, d’instantanéité, de réactivité obligatoire. Un retour à la normale, oui mais corrélé à cette prise de conscience collective.”

Nicolas, Anne-Laure et Louise

“On s’est confinés tous les trois à Neuilly. Nos journées étaient rythmées autour d’une petite fille de 3 ans et demi ! La complexité était de  réussir à télétravailler tout en nous occupant de Louise. Elle l’a bien vécu les trois premières semaines, mais après ça a commencé à faire long. Ayant monté ma société en fin d’année dernière, le confinement a été anxiogène au début, j’ai eu peur de cette mise à l’arrêt globale. Finalement ça m’a obligé à me poser des questions. Avec mon associé on a réfléchi à la meilleure manière pour faire évoluer le business. Dès la 3e semaine on a bien ré-activé les choses et on a pu contacter beaucoup de gens du réseau, tout le monde était plus disponible. Avec Anne-Laure, on ne sortait pas du tout sauf pour faire les courses. Parfois on pouvait passer une semaine entière sans mettre un pied dehors. On a la chance d’avoir un jardin, on y faisait nos cours de sport quotidiens, moi du circuit training, Anne-Laure du Yoga, et on faisait courir Louise pour qu’elle se défoule. On a jardiné, planté des radis, dessiné, créé… ! Même si ça n’a pas été facile, ça a été un moment béni de passer autant de temps avec notre fille, de la voir évoluer pendant deux mois. Entourée seulement d’adultes, sans frère ou soeur, elle a fait un bond en terme de langage, de dextérité et d’autonomie. Elle a dû apprendre à s’occuper seule, à patienter lorsqu’on devait travailler.

Le 11 mai on a pu dignement lancer la saison des barbecues et retrouver nos copains ! On décidé de ne pas la remettre à l’école parce que l’organisation n’était pas très pratique avec des demi-classes et jours alternés. On a mis en place un système où mes parents la prennent du lundi au jeudi, pour nous permettre de travailler sereinement. Louise était contente de pouvoir retrouver certaines de ses camarades, chez elles ou à la maison. Elle a dû recréer une vie sociale, elle aussi. Depuis, je n’ai jamais autant été à l’extérieur, mes rendez-vous sur les chantiers se multiplient. Anne-Laure travaille de la maison jusqu’en septembre. Son cabinet d’avocats a ouvert la voie du télétravail et remis en question la présence journalière au bureau. Comme les commerçants se sont bien organisés et rapidement, ça n’a pas été un choc de retourner dans les magasins, même si c’est un peu étrange, bien sûr, de voir tout le monde masqué.

Si j’ai eu peur que les choses s’arrêtent, qu’elles ne repartent pas complètement, je réalise que nos clients et intermédiaires ont envie, qu’ils sont dans un état d’esprit positif. Il y a davantage de compréhension, certaines discussions sont plus fluides. Les mentalités ont évolué, et on a tous envie de plus de solidarité.”